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Réunion

Le long chemin vers l’indépendance énergétique

1 aoû 2020 | PAR Ignace de Witte | N°351
Centrale hydraulique de Takamaka. Cette énergie renouvelable a subi en 2019 une baisse de la pluviométrie. Photo : Guillaume Foulon
L’année 2019 a été mauvaise en termes de bilan énergétique. Les énergies renouvelables n’ont produit que 31,2 % de l’électricité consommée contre 36,5 % en 2018. Une baisse due aux aléas climatique. Et si l’on prend la consommation d’énergie dans sa totalité, c’est-à-dire en incluant les transports (qui pèsent 64,3 %), les ressources locales se situent à seulement 12,5 %. Le long chemin vers l’indépendance énergétique passe déjà par l’autonomie électrique avant de pouvoir généraliser les véhicules électriques.

Chaque année, la SPL Horizon Réunion (1) édite un Bilan énergétique de La Réunion (BER) avec de précieuses informations collectées auprès des sociétés pétrolières, EDF, l’Insee… qui sont traitées. Par exemple, pour comparer le photovoltaïque et le fioul, toutes les énergies sont transformées en kilo tonne équivalent pétrole (ktep). Le BER est un précieux tableau de bord qui permet de vérifier si La Réunion est sur la bonne voie du développement durable. 
Hélas, force est de constater que sa dépendance énergétique vis-à-vis des importations ne diminue pas, mais au contraire s’aggrave depuis 2015. Attention ! Il ne faut pas accuser le thermomètre de la fièvre. la SPL Horizon ne fait que fournir des chiffres ; s’ils ne sont pas bons, ce n’est pas sa faute. 

Les énergies renouvelables dépendent des aléas climatiques 

Après le constat, l’analyse : si la dépendance énergétique vis-à-vis des importations (produits pétroliers et charbon) augmente, à qui la faute ? Est-ce à cause du manque de production locale ? Seulement 12,5 % de la consommation d’énergie (transport, éclairage, climatisation, activité industrielle, etc.) sont produits localement, par des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, des barrages hydrauliques, la bagasse qu’on brûle dans les centrales du Gol et de Bois Rouge, sans oublier, depuis 2018, le bioéthanol. Il est impossible de jeter la pierre à qui que ce soit : les énergies renouvelables dépendent des aléas climatiques et chaque exercice est différent. L’année 2019 a été très mauvaise pour l’hydraulique, contrairement à 2018, une année avec une excellente pluviométrie qui a permis à Takamaka et aux autres centrales hydrauliques de produire 51,7 ktep. L’année 2017 était ensoleillée et le photovoltaïque a produit 22,1 ktep. L’année 2016 fut une année avec beaucoup de vent (1,6 ktep d’éolien), etc. On peut juste observer que 2015, où l’on a atteint 13,9 % de production locale, est également la meilleure année d’utilisation de la bagasse (105,3 ktep). 
Si le bilan énergétique s’aggrave, est-ce alors à cause de la consommation ? Si l’on divise la consommation totale d’énergie de l’île par le nombre d’habitants, le chiffre est stable. En 2019, chaque habitant a consommé 1,7 tep soit exactement le même chiffre qu’en 2012. Sauf qu’avec la croissance démographique, la consommation globale augmente forcément. 

Le trafic routier pose problème 

La consommation d’énergie concerne principalement l’électricité (22,6 %) et les transports (64,3 %). L’amélioration du niveau de confort des logements (plus grands écrans de télé, climatisation, etc.) et donc l’augmentation de la consommation électrique est plus que compensée par l’utilisation de plus en plus généralisée d’ampoules basse consommation, la meilleure isolation des bâtiments, l’installation de chauffe-eau solaires, etc.
C’est le réseau routier qui pose problème. À cause des embouteillages, en 2019, La Réunion a une nouvelle fois battu son record historique de carburants routiers consommés : 450,4 ktep (SP95 + diesel), le précédent record étant de 447,7 ktep en 2017. Si l’on ajoute au carburant routier, le carburant avion, le fioul et le charbon utilisés pour la production électrique, on atteint 1083,2 ktep d’énergie fossile consommée à La Réunion en 2019. Le bon côté est que les recettes fiscales liées à ces importations d’énergie fossile s’élèvent à 299,2 millions d’euros (2). Le mauvais côté est que, selon les calculs de la SPL Horizon Réunion, chaque Réunionnais a émis au total 5 tonnes de CO2 par an. L’amélioration de la balance énergétique passe donc essentiellement par la fluidification de la circulation, car moins de bouchons égale moins de consommation. 
 

Le photovoltaïque ne pèse que 8,5 % dans la production électrique. Mais de nouveaux projets voient le jour.
Le photovoltaïque ne pèse que 8,5 % dans la production électrique. Mais de nouveaux projets voient le jour.  © Région Réunion
 

Modifier nos modes de vie 

Cela veut dire améliorer les infrastructures routières, mais aussi modifier nos modes de vie avec, par exemple, la poursuite du télétravail qui a été mis en place pendant la crise sanitaire. Par contre, tant que l’électricité sera produite à 68,8 % avec du fioul et du charbon, la voiture électrique n’apportera pas grand chose, si ce n’est un déplacement de la pollution des centres urbains vers les centrales électriques. 
 



(1) Horizon Réunion, anciennement Energies Réunion, est une SPL (société publique locale) créée en juillet 2013. Elle réalise pour le compte de ses actionnaires (Région, Département, Sidelec, Syndicat Mixte Parc Routier, Civis, Cirest, Cinor et 14 communes) des actions dans le domaine des énergies renouvelables, de la production décentralisée d’électricité, de la maîtrise de l’énergie, de la biodiversité et du développement durable. 
(2) Sur les 299,2 millions d’euros de taxes prélevées sur les carburants à La Réunion en 2019, il y a zéro euro concernant le kérosène. Les compagnies aériennes sont en effet totalement exonérées de taxes sur le carburant utilisé pour les vols internationaux, conformément à une réglementation internationale (convention internationale de Chicago sur l’aviation civile internationale, ratifiée par la France en 1944). Cette situation est d’autant plus insupportable pour les écologistes que ce carburant pollue autant, sinon plus que le carburant routier. Un avion émet en moyenne 140 grammes de CO2 par kilomètre et par passager. L’exonération ne concernant que les vols internationaux, certains pays, comme par exemple les Pays- Bas, ont ainsi pu instaurer une taxe sur les vols intérieurs, ce qui permet de favoriser le train ou l’autobus.

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