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Le Medef veut développer la francophonie économique - Entretien avec Fabrice Le Saché

16 aoû 2021 | PAR Bernard Grollier
« Il faut se battre pour le français, mais pour cela il doit être utile. » (Photo Medef).
Le Medef va mettre en avant la francophonie économique les 24 et 25 août en ouverture de son université d’été à l’hippodrome ParisLongchamp. Le comité de pilotage qui a préparé la Rencontre des entrepreneurs francophones a vocation à devenir une instance permanente.

L’Éco austral : Qu’est-ce qui motive votre organisation à s’engager dans la promotion de la francophonie économique ?
 
Fabrice Le Saché, Vice-président du MEDEF (Mouvement des entreprises de France, organisation patronale en France) : La francophonie économique est un sujet sur lequel le Medef souhaite être davantage présent. Il existe, dit-on, 512 millions de francophones dans le monde. C’est peut-être bien compté. Demain, il est dit que ce nombre pourrait atteindre 700 ou 800 millions. C’est une projection, mais pas une certitude. Il faut se battre pour le français, mais pour cela le français doit être utile. Utile pour trouver un emploi, une formation, un partenaire, pour monter un projet. Les pays francophones représentent 16 % du PIB mondial, abritent des grandes places financière, mais nous manquons d’agrégats pour estimer le poids de la francophonie économique. Il nous faut créer ces données. Le Medef souhaite s’investir dans ce travail, annualiser les rencontres des entrepreneurs francophones et pourquoi pas organiser des événements décentralisés sur ce thème. Le comité de pilotage mis en place pour organiser ces premières rencontres peut devenir une instance permanente.
 
Pourquoi les instances actuelles de la francophonie ne jouent-elles pas ce rôle ?
 
L’Organisation internationale de la francophonie a été créée par de grands visionnaires des pays du Sud, tels que Senghor et Bourguiba, son mandat est davantage politique, linguistique et éducatif qu’économique. Une stratégie économique pour la francophonie a bien été définie au Sommet de Dakar en 2014, mais les moyens humains et matériels manquent pour la mettre en œuvre. Nous estimons qu’il revient aux entreprises, plutôt qu’aux États, de s’emparer de ce sujet. Et qui pourrait le faire mieux que la première organisation des entreprises de France ? Evidemment associée à ses homologues de Wallonie, de Suisse, du Sénégal, de Madagascar… »
 
Que peut apporter la francophonie aux entreprises françaises ?
 
La francophonie, ce n’est pas seulement la France. Notre but est de favoriser les rencontres d’affaires entre des dirigeants de tous les pays francophones. Bien sûr, nous avons à cœur que les entreprises françaises soient sur le marché, dans le cadre d’une saine compétition. Il faut savoir qu’en dix ans, les investissements français à l’étranger ont été multipliés par deux, que les exportations de nos entreprises ont augmenté en valeur absolue. Mais leurs parts de marché ont diminué, parce que la croissance du marché a été plus rapide. Et si la place du français s’érode dans certains pays comme le Vietnam, le Laos ou le Cambodge, c’est aussi parce que nous y portons trop peu de projets économiques.
 
La langue française peut-elle résister face à une langue anglaise omniprésente dans le monde des affaires ?
 
Nous ne cherchons pas à nous opposer aux autres langues. D’ailleurs, la plupart des pays francophones sont multi-langues. L’anglicisation du monde des affaires est, certes, une pente glissante. La tendance est insidieuse, elle favorise les concepts, les idées, les écosystèmes et finalement les entreprises anglophones. Nous devons nous battre pour que le français, mais aussi l’espagnol ou l’arabe soient des langues d’affaires. Créer nos propres vocables devient un enjeu de souveraineté alors que, même au sein de l’Union européenne, le français devient une langue de traduction plutôt qu’une langue de travail. 
 
Quelle place tient l’océan Indien francophone, constitué de petits marchés, dans votre réflexion sur la francophonie économique ?
 
Nous ne regardons pas les pays en fonction de la taille de leur marché. Un pays, c’est une voix à l’ONU. La place financière mauricienne irradie au-delà de l’océan Indien, Madagascar et les Comores occupent une importante position géostratégique, La Réunion est un poste avancé de l’Europe dans cette partie du monde et apporte à la France une vaste zone économique exclusive et une riche biodiversité, deux sujets auxquels nous apportons un grand intérêt… Nous ne regardons pas l’océan Indien de manière lointaine et condescendante. Votre région offre la possibilité d’implanter des plates-formes logistiques, de jouer un rôle dans les flux qui touchent l’Afrique.

Plus d’informations sur le sujet dans le prochain numéro de L’Éco austral et notamment sur le projet de Cité internationale de la francophonie et sur le grand lexique français de l’intelligence artificielle.
 

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