Green

Maurice

LUVNA ARNASSALON-SEERUNGEN, HEAD OF SUSTAINABILITY D’IBL : « Le développement durable, c’est un investissement rentable »

31 oct 2021 | PAR Jean-Michel Durand | N°362
L’impact de la covid-19 a convaincu IBL, premier groupe de Maurice, d’intensifier sa politique de développement durable. Sa « Head of Sustainability », Luvna Arnassalon-Seerungen, nous présente quelques éléments de sa stratégie, qui sera présentée en fin d’année, avec en filigrane cette idée de concilier business et environnement.
Luvna Arnassalon-Seerungen
« Mon rôle est de créer des synergies entre nos clusters pour trouver des solutions respectant le développement durable tout en étant viables économiquement. »  Photo : Davidsen Arnachellum
 


L’Éco austral : Comment définissez-vous votre mission ? 
Luvna Arnassalon-Seerungen
: Il s’agit pour moi de redonner ses lettres de noblesse au développement durable car, durant de nombreuses années, surtout à Maurice, on a mis l’accent sur la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) - ou Corporate Social Responsability (CSR) en anglais. Mais tout en intégrant la RSE, le développement durable brasse beaucoup plus large. Et l’idée de rentabilité se révèle primordiale. Nous remettons cette rentabilité au centre de la réflexion ou au moins dans l’équation. Cette distinction est importante car on a vu se diluer le développement durable dans un aspect purement « sauvegarde de la planète » sans impliquer les entreprises. 

En résumé, on doit ajouter au duo « Planet, People », les Profits (soit PPP). On appelle cela la « triple bottom line ». En français, on utilise les critères « environnement, social et gouvernance » (ESG). Le critère environnemental vise à intégrer l’urgence du changement climatique à l’ensemble de nos activités. Le critère social prend en compte le bien-être de nos collaborateurs et la prise en compte des parties prenantes dans les choix d’entreprises partenaires. Quand au critère de gouvernance, il intègre l’idée que la performance économique va de pair avec un impact positif sur l’environnement. L’ESG est la transposition en entreprise des trois piliers du développement durable. Concrètement, pour IBL, cela consiste à prendre en compte l’impact social et climatique dans nos critères de performance en plus des critères économiques traditionnels. 

L’entreprise doit donc être décomplexée par rapport à cette notion de profit ? 
Absolument ! Car, tout simplement, les profits permettent à l’entreprise de développer toute une stratégie de développement durable. 

Vous avez donc tout un travail de sensibilisation à effectuer ? 
C’est indispensable ! Mais six mois après mon arrivée, je dois reconnaître que notre groupe est déjà bien impliqué dans cette réflexion. Beaucoup de projets ont été lancés ou même réalisés par nos différents clusters. Et surtout, l’implication se révèle forte tant au niveau de la direction générale que chez les CEO de nos différentes entreprises. Je suis heureuse que la réflexion et les actions soient déjà là. Cela change tout ! Depuis mon arrivée, j’ai rencontré tout le top management des opérations pour lui conseiller de prendre en compte le développement durable dès la prise de décision. La stratégie est alors mieux comprise et donc mieux intégrée. 

Ce qui est important, c’est qu’elle parte du sommet vers la base, mais AUSSI avec des remontées des opérations vers la direction. Car c'est indispensable d’impliquer tous les acteurs. En clair, si le sommet n’est pas convaincu par l’ESG, il sera alors impossible de mettre en place une stratégie de développement durable, mais l’inverse est vrai également. Si les objectifs sont irréalistes et donc inatteignables au vu de la réalité de terrain, il n’y aura pas de résultat. L’idée est de faire que le développement durable ne soit plus un coût mais un investissement. 

 

« En soutenant le « Climate Launchpad », nous essayons de mettre Maurice sur la carte mondiale de l’entrepreneuriat vert. »
« En soutenant le « Climate Launchpad », nous essayons de mettre Maurice sur la carte mondiale de l’entrepreneuriat vert. »  Photo : Davidsen Arnachellum
 

IBL est un conglomérat aux multiples métiers : allant d’une banque d’affaires (AfrAsia) au premier brasseur de l’île (Phoenix Bev), en passant par un acteur majeur de l’hôtellerie (Lux*). Avec une telle diversité, la mise en place d’une stratégie de développement durable globale doit être complexe ? 
De fait, la tâche peut être complexe, en particulier pour certains pôles, par exemple industriels. Encore une fois, il me faut prouver que le développement durable est un investissement à moyen et long termes. Pour ce cluster industriel, nous avons retourné la problématique en nous demandant : « Dans cinq ans, devra-t-il toujours fabriquer les mêmes produits ? Et qu’en sera-t-il de la législation ? » 

Concernant les changements que l’industrie peut apporter, on peut penser à l’« écopackasing »… La question de l’innovation devient alors primordiale. C’est pourquoi IBL soutient, depuis la deuxième année de son implantation sur l’île, le « Climate Launchpad ». C’est le plus important concours mondial de projets d’entreprises vertes. 

Il vise à faire émerger les talents qui innovent dans le domaine des technologies propres et du climat en proposant des solutions à l’échelle mondiale. Ainsi, nous essayons de mettre Maurice sur la carte mondiale de l’entrepreneuriat vert ! La stratégie de mise en place du développement durable passe aussi par le soutien à de multiples PME qui sont nos partenaires, nos fournisseurs ou nos clients. 

Comment votre groupe met-il en place des programmes en lien avec le développement durable ? 
Notre équipe de The Bee Equity Partners canalise notamment les investissements d’IBL vers de nouvelles filières. Des investissements à long terme pourront être lancés, par exemple, pour soutenir la production locale, le fameux « Made in Moris », ou même la production régionale. 

Concernant l’autonomie alimentaire, IBL est rentré dans le capital de Proxifresh de Yan Mayer, élu Entrepreneur de l’année en 2017. Depuis 2010, il a imposé, avec sa marque VegMe, un nouveau modèle de consommation des fruits et légumes à Maurice. Et nous sommes dans le supply chain dans la chaîne de distribution alimentaire. 

 

De g. à dr., les quatre finalistes du « Climate Launchpad 2021 » : Olivier Fanfan, Shivani Ragavoodoo Canee, Astrid Descelles et Bajnathsingh Lokeshsingh.
De g. à dr., les quatre finalistes du « Climate Launchpad 2021 » : Olivier Fanfan, Shivani Ragavoodoo Canee, Astrid Descelles et Bajnathsingh Lokeshsingh.  ©Droits réservés
 

On évoque aussi un changement générationnel qui impacte les aspirations des employés, mais aussi des consommateurs. Comment répondre à cela ? 
Il s’agit pour une entreprise d’attirer et de retenir des profils intéressants. Notre stratégie dans le développement durable peut séduire les fameux millennials. Une étude, appelée Deloitte The Millenial Survey, démontrait, en 2015, que pour 60 % des personnes interrogées, la politique de RSE d’une entreprise est déterminante dans le choix de l’employeur. 

Concernant les nouvelles demandes des consommateurs, beaucoup de nos entreprises (Phoenix Bev, Health Activ, Winner’s, AfrAsia…) se trouvent en contact direct avec leur clientèle. Elles prennent en compte leur demande liée à cette volonté d’agir positivement sur notre environnement en proposant des produits dits « éco ». Ainsi, AfrAsia a créé des produits financiers prenant en compte le développement durable. Quant à Winner’s, le leader de la grande distribution à Maurice, 70 % des packagings des produits de sa marque dans le rayon frais ont le label « éco ». 

En matière de production énergétique, gros émetteur de carbone, IBL Energy mise beaucoup sur le photovoltaïque. Une énergie déconnectée des sources fossiles et plus respectueuse du climat. Ce cluster apporte une forte réflexion à cette question dans le groupe. 

Mon rôle est aussi de catalyser cette volonté dans une économie circulaire au sein du groupe.
 

« En matière de production énergétique, gros émetteur de carbone, IBL Energy mise beaucoup sur le photovoltaïque. »
« En matière de production énergétique, gros émetteur de carbone, IBL Energy mise beaucoup sur le photovoltaïque. »  Photo : Davidsen Arnachellum
 
L’agenda 2030 de l’ONU

En 2015, l’ONU a adopté le programme de développement durable à l’horizon 2030 : L’Agenda 2030. Cet agenda a fixé 17 Objectifs de développement durable (ODD). Ils couvrent l’intégralité des enjeux de développement dans tous les pays tels que le climat, la biodiversité, l’énergie, l’eau, la pauvreté, l’égalité des genres, la prospérité économique ou encore la paix, l’agriculture, l’éducation, etc.
Une pionnière du développement durable

Avant d’intégrer le plus important groupe de l’île, Luvna Arnassalon-Seerungen était Head of Corporate Sustainability and CSR à la banque AfrAsia, la banque d’affaires du conglomérat. 
Cette diplômée des universités de Maurice, de Pretoria (Afrique du Sud) et de Clermont Auvergne (France) compte plus de dix ans d’expérience dans le développement durable et la RSE. Avant de rejoindre AfrAsia, elle était responsable de la Fondation MEF (aujourd’hui Business Mauritius) et a travaillé sur des programmes de communication et de développement avec la Chambre de commerce et d’industrie de Maurice. Depuis 2018, elle préside le Global Compact Network Mauritius et a été invitée à de nombreuses conférences dans le monde pour évoquer la durabilité des entreprises. Parmi ses grandes réussites, on compte l’organisation - en collaboration avec IBL Together et les Nations unies - et sa participation à l’AfrAsia Bank Sustainability Summit en 2018 et 2019. L’édition de 2019 a accueilli plus de 200 participants venus du monde entier pour « faire progresser au plan mondial le concept de durabilité et les Objectifs de développement durable (ODD) tels que l’établit l’ONU ».
 
Shivani Ragavoodoo Canee
Shivani Ragavoodoo Canee a remporté la première place du « Climate Launchpad 2021 » à Maurice pour son projet Coconan .  ©Droits réservés
 

Shivani Ragavoodoo Canee à la première place du « Climate Launchpad 2021 »

C’est le projet Coconan de Shivani Ragavoodoo Canee qui a remporté la première place du concours « Climate Launchpad 2021 ». Coconan veut fabriquer à partir de la fibre de coco des toiles géotextiles pour lutter contre l’érosion et favoriser la régénération des sols. La deuxième place a été attribuée à Astrid Descelles pour son projet Besyn. Oliver Fanfan est arrivé à la troisième place en proposant des solutions de régénération des sols par la permaculture. 
Ces trois projets ont représenté Maurice le 28 septembre à la finale continentale, avant d’accéder, s’ils sont sélectionnés, à la finale internationale qui aura lieu en octobre 2021.
Six ONG et entreprises locales ont participé à une exposition.
Six ONG et entreprises locales ont participé à une exposition.  ©Droits réservés
 

Le CIDP soutient des ONG et des artisans locaux

Pour sensibiliser ses employés au développement durable, le Centre international de développement pharmaceutique (CIDP), filiale d’IBL, a organisé une Sustainability Week au sein de Socota Phoenicia, à Phoenix. À cette occasion, six ONG et entreprises locales ont participé à une exposition. 
« La Sustainability Week est un rendez-vous annuel, dont l’objectif est de sensibiliser nos employés, mais également le grand public, au développement durable. En donnant de la visibilité à ces ONG et entreprises, nous souhaitons encourager le plus de personnes possibles à adopter une consommation responsable et démontrer que la notion de durabilité n’est pas uniquement liée à la préservation de l’environnement », explique Rajini Naidoo Cartier, Group Quality, Health, Safety and Environment Manager au CIDP. L’inclusion et l’autonomisation des groupes vulnérables représentent également un axe important du développement durable. C’est pourquoi le CIDP a demandé à ses employés de faire don d’objets de seconde main qu’ils n’utilisent plus et qui seront remis à une ONG. En sus de l’exposition, le CIDP avait convié son personnel à un atelier, animé par The Good Shop Repair and Renew, sur la fabrication de teintures naturelles à base de plantes pour les vêtements et autres textiles.
Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

Maurice

LUVNA ARNASSALON-SEERUNGEN, HEAD OF SUSTAINABILITY D’IBL : « Le développement durable, c’est un investissement rentable »

« Mon rôle est de créer des synergies entre nos clusters pour trouver des solutions respectant le développement durable tout en étant viables économiquement. »  Photo : Davidsen Arnachellum   L’Éco austral : Comment définissez-vous votre mission ?  Luvna Arnassalon-Seerungen : Il s’agit pour moi de redonner ses lettres de noblesse au développement durable car, durant de nombreus...